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Chiffres et études · 6 min

Énergie en Guyane : l’hydraulique fait varier le mix, le taux de climatisation ne dit pas la consommation

En Guyane, le mix passe de 72,0 % à 44,4 % de renouvelables entre 2022 et 2024. Logements équipés, communes contrastées et limites des chiffres.

Publié le 05/11/2026 · Vérifié le 05/11/2026 · Rédaction DOM ISO

En Guyane, 44,3 % des résidences principales ont la climatisation et 20,0 % un chauffe-eau solaire en 2023, selon l’INSEE. Le mix électrique dépend fortement du barrage de Petit-Saut : la part renouvelable passe de 72,0 % en 2022 à 44,4 % en 2024 d’après EDF. Sur trois communes contrastées, le taux d’équipement ne suffit pas à lire la consommation par point.

Comment les logements évoluent-ils ?

Guyane201220172023
Résidences principales68 17777 93088 425
Part avec climatisation35,3 %38,5 %44,3 %
Part avec chauffe-eau solaire4,2 %7,9 %20,0 %

Le parc gagne 20 248 résidences principales en onze ans, soit +29,7 %. Le baromètre de la Guyane en donne le détail par commune.

La note INSEE Flash n° 216 lit cette diffusion à travers le logement et le ménage. En 2022, un logement de plus de 80 m² est 2,5 fois plus souvent climatisé qu’un logement de moins de 40 m², et 77 % des résidences occupées par des cadres sont équipées. Les résidences construites à partir de 2010 sont un peu moins équipées que les plus anciennes, 41 % contre 44 %. L’INSEE y voit un effet possible de la réglementation de 2009, qui favorise la protection solaire et la ventilation naturelle.

Pourquoi le mix électrique varie-t-il autant ?

Parce que l’hydraulique y tient une place que les autres départements n’ont pas. Les données ouvertes d’EDF donnent ce profil :

Filière202220232024
Hydraulique591,4 GWh520,1 GWh288,7 GWh
Moteurs diesel142,7 GWh186,4 GWh306,7 GWh
Turbines à combustion au fioul122,7 GWh148,8 GWh238,7 GWh
Bioénergies41,8 GWh55,4 GWh80,0 GWh
Photovoltaïque47,8 GWh60,8 GWh67,3 GWh
Total946,4 GWh971,5 GWh981,3 GWh
Part renouvelable72,0 %65,5 %44,4 %

En deux ans, la production hydraulique est divisée par deux et les moyens au fioul prennent le relais, alors que la production totale ne progresse que de 3,7 %. Sur la période 2005-2023, le bilan prévisionnel d’EDF situe la production hydraulique annuelle entre 353 et 591 GWh : 288,7 GWh en 2024 passe donc sous le minimum de cette série. La CRE signale une meilleure hydraulicité en 2025, mais les données annuelles consultées s’arrêtent à 2024. Comparer une année à une autre sans regarder la pluie sur le bassin du barrage peut donc tromper.

Le même bilan prévisionnel retient comme hypothèse la mise en service, au 31 décembre 2026, d’une centrale de 111 MW au Larivot fonctionnant à la biomasse liquide. Le mix du littoral deviendrait alors 100 % renouvelable, une fois les groupes au fioul de l’Ouest remplacés. Cette échéance reste une hypothèse de 2024 : la mise en service n’a pas été vérifiée pour cet article.

La demande a aussi son profil propre. La saison sèche, de septembre à novembre, voit la consommation augmenter, avec l’usage accru de la climatisation. En 2023, EDF situe la pointe annuelle en octobre, entre 13 h et 15 h.

Tout le territoire n’est pas sur ce réseau. Saint-Georges, Maripasoula, Papaïchton, Grand-Santi, Régina, Camopi, Ouanary et Saül relèvent de systèmes électriques isolés exploités par EDF.

Que montrent trois communes contrastées ?

La dernière colonne est un calcul de DOM ISO : consommation résidentielle de 2024 publiée par EDF, divisée par le nombre de points de livraison, c’est-à-dire de raccordements au réseau.

CommuneRésidences principalesClimatisationPoints de livraison résidentielsMWh par point
Remire-Montjoly10 47373,6 %9 2015,37
Saint-Laurent-du-Maroni12 96825,9 %7 5194,87
Grand-Santi1 62710,5 %2345,27

Les communes de Remire-Montjoly et de Saint-Laurent-du-Maroni ont un parc comparable, mais près de 48 points de taux les séparent. L’INSEE explique la faiblesse de taux comme celui de Grand-Santi par les conditions climatiques, le relief, la faible urbanisation et des habitats traditionnels favorisant la ventilation naturelle. Il souligne aussi le coût d’installation et d’usage des appareils.

Pourquoi comparer ces communes reste-t-il fragile ?

Le tableau suggère une explication prudente. À Grand-Santi, on compte 234 points de livraison résidentiels pour 1 627 résidences principales. La moyenne par point ne décrit donc que les logements raccordés et enregistrés comme résidentiels, et non l’ensemble du parc. Comparer des communes aussi différentes devient fragile, et un chiffre de 5,27 MWh n’y signifie pas qu’un foyer type consomme autant. Ce rapport entre points et résidences ne mesure pas non plus à lui seul l’accès à l’électricité : le découpage des contrats peut jouer, et ces données ne permettent pas de trancher.

Quelles fiches CEE étudier ?

Les CEE sont un dispositif privé financé par les fournisseurs d’énergie, les obligés. Ils ne constituent pas une aide publique.

  • Toiture des logements existants : BAR-EN-109 demande un facteur solaire de 0,03 au plus, et BAR-EN-106 une résistance thermique de 1,5 m².K/W au moins. Cette dernière est abrogée à compter du 1er mai 2027, comme BAR-EN-107 pour les murs. Pour les maisons à ossature légère, voir maison en bois et chaleur sous toiture.
  • Climatiseur d’appartement : BAR-TH-141, en remplacement uniquement et 2,64 kW au plus. La maison individuelle en est exclue.
  • Eau chaude solaire : BAR-TH-124 et BAR-TH-135. Voir la page chauffe-eau solaire.
  • Tertiaire : BAT-TH-115, BAT-TH-122 et BAT-EN-106, cette dernière étant abrogée à compter du 1er mai 2027.

La vérification d’éligibilité permet de confronter un projet à ces conditions.

Sources

Questions fréquentes

La Guyane est-elle déjà à 100 % de renouvelables ?

Non. EDF publie 44,4 % pour 2024 et 65,5 % pour 2023. Le 100 % décrit une trajectoire du réseau littoral, liée à la centrale du Larivot et au remplacement de groupes au fioul.

Les chiffres d’EDF couvrent-ils les communes de l’intérieur ?

Les données de production sont publiées au niveau de la Guyane. Le bilan prévisionnel du littoral et celui des communes de l’intérieur sont deux documents distincts.

Pourquoi prendre Grand-Santi plutôt qu’une commune plus peuplée ?

Parce qu’elle montre la limite du ratio. Grand-Santi dépasse le seuil de 1 000 résidences principales, mais son nombre de points de livraison résidentiels est bien plus faible.

Un taux de 10,5 % signifie-t-il qu’il n’y a pas de besoin ?

Non. L’INSEE avance plusieurs facteurs, dont la ventilation naturelle et le coût de la climatisation. Ces données ne séparent pas un confort déjà atteint d’un besoin non couvert.